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Semaine du développement durable 2026 : nourrir les sols pour nourrir les humains

Du 18 septembre au 8 octobre 2026, la Semaine européenne du développement durable met à l'honneur l'alimentation durable. Le ministère de la Transition écologique la définit ainsi : une alimentation « respectueuse de l'environnement (faible impact carbone, biodiversité préservée), économiquement équitable (juste rémunération des producteurs), socialement accessible (équité d'accès à une alimentation de qualité), favorable à la santé ».

Quatre exigences à la fois, c'est beaucoup. Mais elles ont un point de départ commun, qu'on oublie souvent parce qu'il est sous nos pieds : le sol.

Tout commence sous nos pieds

Un sol vivant grouille de vers de terre, de champignons, de bactéries, d'insectes. Ce petit peuple fabrique l'humus, aère la terre, retient l'eau et met les éléments nutritifs à disposition des plantes. Un sol épuisé, lui, se tasse, ruisselle à la moindre averse, sèche au premier coup de chaud — et ne nourrit plus rien sans apports extérieurs.

C'est l'idée de l'agriculture régénératrice : ne plus seulement « exploiter » la terre, mais reconstituer sa fertilité. Les leviers sont connus et à la portée d'une ferme comme d'un potager :

  • ne jamais laisser le sol nu — couverts végétaux, paillage, engrais verts ;
  • le travailler moins pour préserver sa structure et sa vie ;
  • lui rendre de la matière organique — compost, fumier, broyat de haies ;
  • diversifier les cultures, les rotations, et garder les haies et les arbres.

Un sol qui se régénère stocke aussi du carbone. C'est le sens de l'initiative « 4 pour 1000 », lancée par la France en 2015 : augmenter chaque année de 0,4 % le carbone contenu dans les sols compenserait une large part des émissions humaines de CO₂. Nourrir les sols, c'est donc à la fois nourrir les humains et soigner le climat.

La permaculture selon David Holmgren : bien plus qu'un potager

On réduit souvent la permaculture à des buttes de culture et du paillage. Ses fondateurs voyaient beaucoup plus large. L'Australien David Holmgren, qui a conçu le concept avec Bill Mollison dans les années 1970, la définit comme une méthode de conception pour organiser nos lieux de vie, nos outils et nos communautés dans un monde où l'énergie et les ressources se raréfient. Il l'expose dans Permaculture: Principles and Pathways Beyond Sustainability (2002), traduit en français sous le titre Permaculture : principes et pistes d'action pour un mode de vie soutenable (Rue de l'échiquier).

Trois éthiques au centre

Prendre soin de la Terre, prendre soin des humains, partager équitablement. Tout le reste en découle. Holmgren rappelle qu'on retrouve ces valeurs dans la plupart des sociétés traditionnelles qui ont vécu longtemps en équilibre avec leur milieu.

La « fleur » de la permaculture

Pour Holmgren, la permaculture s'applique à sept domaines, les sept pétales de sa « fleur ». On part du jardin et de la vie personnelle, puis on s'élargit vers le collectif. Chez BEL'R, on les retrouve presque tous :

  • Soin de la terre et de la nature — la micro-ferme, les haies, la mare de Bel-Air, le chantier de l'hôtel à insectes ;
  • Habitat — construction saine, sobre et partagée, comme dans notre article sur l'habitat partagé ;
  • Outils et technologies — le Repair Café, les low-tech, l'énergie renouvelable produite localement (autoconsommation collective) ;
  • Éducation et culture — les portes ouvertes, les chantiers participatifs, la transmission entre générations ;
  • Santé et bien-être — une alimentation saine, de saison, cultivée sans pesticides de synthèse ;
  • Économie et finance — circuits courts, prix justes, monnaies et épargne locales ;
  • Foncier et gouvernance — l'accès à la terre, les décisions prises ensemble, une association ouverte à tous.

Douze principes pour concevoir… jusque dans l'assiette

Les douze principes de Holmgren sont des outils de réflexion. Ils valent autant pour un jardin que pour une cantine, une maison ou une association. Appliqués à l'alimentation, ils donnent par exemple :

  1. Observer et interagir — connaître son sol, son climat, ses saisons avant d'agir.
  2. Capter et stocker l'énergie — récupérer l'eau de pluie, faire du compost, mettre en conserve l'abondance de l'été.
  3. Obtenir une production — un système qui nourrit vraiment ceux qui le font vivre.
  4. S'autoréguler et accepter les retours — ajuster ses pratiques d'année en année.
  5. Valoriser les ressources renouvelables — le soleil, la pluie, les vers de terre plutôt que les intrants.
  6. Ne pas produire de déchets — épluchures au compost, restes cuisinés, fin du gaspillage.
  7. Partir de l'ensemble pour aller au détail — penser la ferme, le quartier, le territoire avant la planche de légumes.
  8. Intégrer plutôt que séparer — les poules sous les fruitiers, les haies en bord de champ, le producteur à côté du mangeur.
  9. Préférer les solutions lentes et à petite échelle — c'est exactement ce que sont les circuits courts.
  10. Utiliser et valoriser la diversité — variétés anciennes, cultures associées, fermes nombreuses plutôt qu'une seule.
  11. Valoriser les bordures — lisières, haies, mares : c'est là que la vie est la plus riche.
  12. Face au changement, être inventif — sécheresses, prix, climat : s'adapter plutôt que subir.

À Bel-Air, la micro-ferme applique ces principes au quotidien : maraîchage bio-intensif, haies bocagères, mare de biodiversité. Nous en parlions déjà dans un article au printemps.

Le bio, un repère qui protège aussi l'eau

Le label bio garantit une production sans pesticides ni engrais de synthèse, contrôlée chaque année par un organisme certificateur. Au-delà de l'assiette, c'est un bénéfice collectif : moins de résidus dans les rivières et les nappes, plus de biodiversité autour des parcelles.

La restauration collective s'y met aussi : la loi EGalim fixe aux cantines un objectif de 50 % de produits durables et de qualité, dont 20 % de bio. En Mayenne, le Civam Bio 53 accompagne les producteurs bio et la restauration collective, et tient un annuaire des fermes bio du département.

Les circuits courts existent déjà ici

Un circuit court, c'est au plus un intermédiaire entre le producteur et vous. Le prix est plus juste pour celui qui produit, les produits voyagent moins, et on sait qui cultive ce qu'on mange. Dans le Haut-Anjou, pas besoin d'aller loin :

  • Vert, les champs ! à Ménil — légumes bio de saison, au détail ou en paniers via l'Amapotée de Château-Gontier, l'AMAP créée en 2015 autour de la ferme ;
  • Au Local à Azé — boutique bio paysanne associative, née en 2015 sur la ferme de La Feuille de Chêne, tenue par des bénévoles et une vingtaine de producteurs bio dans un rayon de 40 km, dans un local auto-construit en bois, paille et terre ;
  • le marché du jeudi matin à Château-Gontier — un marché traditionnel de plus de 80 exposants, où l'on trouve aussi plusieurs producteurs bio ;
  • GAEC Rhubarbe à Saint-Denis-d'Anjou — maraîchage bio, légumes français et japonais ;
  • Bio Loc'Halles à Craon — épicerie associative bio et locale, tenue par des bénévoles ;
  • Les Paniers Bio Solidaires — paniers de fruits et légumes bio de producteurs des Pays de la Loire, préparés et livrés par des structures d'insertion, en points relais ;
  • La Petite Pépinière à Chazé-sur-Argos — jeunes arbres fruitiers bio de variétés anciennes et de pays, pour démarrer son propre verger (vente de mi-novembre à mi-mars).

Il y en a bien d'autres : retrouvez-les sur la carte des acteurs du Haut-Anjou. Vous en connaissez un qui manque ? Ajoutez-le.

Pendant la Semaine, trois gestes simples

  1. Remplacer un achat par un achat local : un panier AMAP, un passage au marché ou au magasin de producteurs.
  2. Nourrir votre sol : pailler un coin du jardin, démarrer un compost, semer un engrais vert sur une planche libérée cet automne.
  3. Cuisiner de saison et sans gaspiller : courges, poireaux, choux, pommes… l'automne est généreux.

Des questions pour ouvrir la réflexion

  • Comment rendre les produits locaux et bio accessibles à tous les budgets ?
  • Quelles terres, quels jardins pourraient accueillir un potager partagé ou un verger collectif ?
  • Faut-il mutualiser du matériel (broyeur, grelinette, outils de paillage) entre jardiniers et petites fermes ?
  • Et au-delà du jardin : quel pétale de la « fleur » voulez-vous faire grandir avec nous — habitat, outils, économie locale, gouvernance ?

En parler ensemble

BEL'R vous ouvre les portes de sa micro-ferme le premier samedi de chaque mois à Bel-Air, de 10h à 18h. Prochaine rencontre : samedi 10 octobre 2026 (exceptionnellement le 2ᵉ samedi) — l'occasion de voir un sol vivant de près. Vous êtes producteur, jardinier, cuisinier ou simplement curieux ? Écrivez-nous.

Sources : ecologie.gouv.fr (Semaine européenne du développement durable 2026) · permacultureprinciples.com et holmgren.com.au (David Holmgren) · 4p1000.org · civambio53.fr · Agence Bio (annuaire des opérateurs) · carte hautanjou.gogocarto.fr

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